Introduction
Le concept de poésie a toujours été un sujet de réflexion approfondie chez les critiques littéraires, particulièrement chez les penseurs anciens. Dans le cadre de l’analyse du discours poétique, des théoriciens tels qu’Aristote, Horace et Longin ont apporté des contributions significatives qui ont façonné notre compréhension du genre poétique. Cet article se propose d’explorer les différentes perceptions de la poésie chez ces critiques, en examinant leurs définitions, les caractéristiques qu’ils lui attribuent, ainsi que les fonctions qu’ils lui assignent dans le cadre de la culture et de la société de leur époque.
1. La définition de la poésie chez Aristote
Aristote, dans sa célèbre œuvre Poétique, définit la poésie comme une imitation de la vie (mimesis). Selon lui, la poésie est un art qui imite non seulement les actions humaines, mais aussi les émotions et les sentiments qui les accompagnent. Aristote distingue entre différentes formes de poésie, notamment l’épopée, la tragédie et la comédie, en soulignant que chacune a ses propres caractéristiques et ses propres effets sur le public.

1.1. La catharsis
L’un des concepts clés dans la vision aristotélicienne de la poésie est la catharsis, un terme qui désigne le processus de purification émotionnelle que le spectateur ressent en regardant une tragédie. Selon Aristote, la poésie, et en particulier la tragédie, permet au public de vivre une expérience cathartique en suscitant des émotions telles que la peur et la pitié. Ce mécanisme est considéré comme essentiel, car il permet aux individus de se confronter à leurs propres émotions dans un cadre contrôlé, favorisant ainsi une forme de guérison psychologique.
2. La vision horacienne de la poésie
Horace, un poète et critique romain, apporte une perspective différente sur la poésie. Dans son Art poétique, il formule des préceptes qui visent à guider les poètes dans leur pratique. Pour Horace, la poésie doit viser à instruire et à plaire (docere et delectare). Ce double objectif devient un principe fondamental dans l’évaluation de la qualité poétique.
2.1. L’importance de la forme
Horace accorde une grande importance à la forme et à la technique poétique. Il insiste sur le fait que le poète doit maîtriser les règles de la versification et les conventions stylistiques pour créer des œuvres harmonieuses. Selon lui, une bonne poésie repose sur un équilibre entre la forme et le contenu, et les deux doivent se compléter mutuellement. Il valorise également l’universalité des thèmes poétiques, suggérant que les sujets abordés doivent toucher une vaste audience et résonner avec les expériences humaines communes.
3. L’esthétique de la sublimité chez Longin
Longin, dans son traité De la Sublimité, explore un autre aspect de la poésie, en se concentrant sur la notion de sublimité. Pour lui, la poésie véritable doit transcender la simple imitation et viser à susciter l’émerveillement. Il décrit la sublimité comme une qualité qui élève le discours poétique et lui confère une puissance émotionnelle capable d’impressionner le lecteur ou l’auditeur.
3.1. Les sources de la sublimité
Longin identifie plusieurs sources de la sublimité, telles que l’usage des figures de style, l’élévation du sujet et l’emportement de l’imagination. Il souligne que la maîtrise de la langue et l’aptitude à créer des images fortes et mémorables sont essentielles pour produire des effets poétiques puissants. En ce sens, la poésie est perçue comme un moyen de transcender les limites de l’expérience ordinaire et d’atteindre un niveau d’expression artistique exceptionnel.
4. Les fonctions sociales de la poésie
Au-delà de ces considérations esthétiques, les critiques anciens reconnaissent également les fonctions sociales de la poésie. Ils considèrent la poésie comme un instrument de transmission des valeurs culturelles et morales, capable d’éduquer le public et de promouvoir des idéaux. La poésie est ainsi perçue non seulement comme un art, mais aussi comme une forme de savoir et de sagesse.
4.1. La poésie comme miroir de la société
La poésie sert également de miroir pour la société, reflétant ses préoccupations, ses aspirations et ses conflits. Elle permet d’aborder des questions sociales et politiques, en offrant une critique des mœurs et des comportements humains. Les poètes, en tant qu’observateurs de leur temps, utilisent leur art pour commenter et questionner les réalités sociales, faisant de la poésie un vecteur de changement et de prise de conscience.
5. L’héritage des critiques anciens
L’influence des critiques anciens sur la poésie et la théorie littéraire est indéniable. Leurs réflexions ont jeté les bases de l’analyse littéraire et continuent d’inspirer les écrivains et les chercheurs contemporains. La vision aristotélicienne de la catharsis, les préceptes horaciens sur l’art poétique et l’esthétique de la sublimité chez Longin ont traversé les siècles, enrichissant notre compréhension de la poésie et de son impact sur l’esprit humain.
Conclusion
Le concept de poésie chez les critiques anciens est complexe et multiforme. Des réflexions d’Aristote sur la mimesis et la catharsis aux enseignements d’Horace sur la technique poétique et la dualité d’instruction et de plaisir, en passant par l’exploration de la sublimité chez Longin, chaque critique a contribué à façonner notre compréhension du poème et de son rôle dans la société. La poésie demeure un art vivant, capable de s’adapter aux temps et aux contextes, tout en conservant les principes qui ont été établis par ces grands penseurs. En fin de compte, la poésie est non seulement un reflet de l’expérience humaine, mais aussi un moyen d’élever l’esprit et de nourrir l’âme.