Isaias Afwerki : Portrait d’un Leader Érythréen
Isaias Afwerki, né le 2 février 1946 à Asmara, est le président de l’Érythrée depuis son indépendance en 1993. Figure centrale de la politique érythréenne, il a marqué le pays par ses décisions et sa gouvernance. Cet article explore son parcours, ses contributions à la lutte pour l’indépendance, son rôle en tant que président, ainsi que les critiques et controverses qui l’entourent.
Contexte Historique et Éducation
Isaias Afwerki est né à Asmara, alors sous domination italienne, dans une famille de la communauté tigrinya. Après l’indépendance de l’Érythrée en 1941, l’ancienne colonie italienne est devenue une province fédérale de l’Éthiopie, ce qui a marqué le début d’un long conflit pour l’indépendance. Isaias a poursuivi ses études à l’école secondaire d’Asmara avant de se rendre au Soudan pour des études supérieures. C’est là qu’il entre en contact avec des mouvements politiques et révolutionnaires, marquant le début de son engagement politique.

La Lutte pour l’Indépendance
Le parcours politique d’Isaias Afwerki est indissociable de la lutte pour l’indépendance de l’Érythrée. En 1966, il rejoint le Front de libération de l’Érythrée (EPLF), un mouvement révolutionnaire qui lutte contre l’occupation éthiopienne. Ce mouvement, dirigé par Isaias Afwerki et d’autres leaders, mène une guerre de guérilla contre les forces éthiopiennes pendant près de trois décennies.
Sous la direction d’Isaias, l’EPLF développe des stratégies de guerre asymétrique qui lui permettent de résister aux forces supérieures en nombre et en équipement. Les tactiques employées incluent des attaques de harcèlement, des opérations de sabotage et un soutien local actif. En 1991, après une série de succès militaires, l’EPLF renverse le régime militaire éthiopien du Derg, ce qui pave la voie à l’indépendance de l’Érythrée.
Président de l’Érythrée
En mai 1993, l’Érythrée obtient son indépendance et Isaias Afwerki est élu président par référendum. Son leadership a été caractérisé par un accent sur la construction d’une nation indépendante et le développement des infrastructures nationales. Cependant, son mandat a aussi été marqué par des choix controversés et des politiques autoritaires.
Isaias Afwerki met en place un gouvernement centralisé et répressif, concentrant les pouvoirs exécutifs et législatifs entre ses mains. La Constitution de 1997, qui aurait dû établir les bases d’un système démocratique, reste non appliquée, et les élections prévues sont continuellement reportées. En pratique, l’Érythrée est souvent décrite comme un État à parti unique, avec le Parti du Front populaire pour la démocratie et la justice (PFDJ) dominant la scène politique.
Politique Intérieure
Sous la présidence d’Isaias Afwerki, l’Érythrée est confrontée à des défis importants sur le plan des droits humains et des libertés publiques. Le régime est souvent critiqué pour son absence de liberté de la presse, son contrôle rigide de la société civile et sa répression des opposants politiques. Les médias sont étroitement surveillés et l’accès à Internet est fortement limité, avec des mesures strictes contre toute forme de dissidence.
Le service national, une forme de conscription obligatoire, est également une source de controverses. Bien que présenté comme un programme de développement national, il est souvent critiqué pour ses conditions de vie difficiles et son caractère quasi-permanent. De nombreux jeunes Érythréens fuient le pays en raison des conditions du service national, créant une crise migratoire régionale.
Politique Étrangère
La politique étrangère d’Isaias Afwerki a été marquée par des relations complexes avec les pays voisins et la communauté internationale. Le conflit frontalier avec l’Éthiopie, qui a éclaté en 1998 et a duré jusqu’en 2000, a été l’un des événements les plus marquants de son mandat. La guerre, connue sous le nom de guerre Érythrée-Éthiopie, a causé des milliers de pertes et des déplacements massifs de populations.
Après la signature de l’accord de paix en 2000, les relations entre les deux pays sont restées tendues, avec des périodes de calme relatif entrecoupées de nouvelles escalades. L’Érythrée a également été accusée de soutenir divers groupes rebelles dans la région de la Corne de l’Afrique, ce qui a exacerbé les tensions régionales.
Sur le plan international, Isaias Afwerki a souvent été critiqué pour son approche autoritaire et son traitement des droits humains. L’Érythrée est régulièrement classée parmi les pays les plus répressifs au monde par les organisations de défense des droits humains.
Réformes et Défis Actuels
Au cours des dernières années, Isaias Afwerki a annoncé des réformes économiques visant à moderniser l’économie érythréenne et à attirer les investissements étrangers. Toutefois, ces réformes se heurtent à des obstacles importants, notamment la persistance d’un environnement politique répressif et des défis structurels majeurs.
La pandémie de COVID-19 a également eu un impact significatif sur le pays, exacerbant les difficultés économiques et les défis sanitaires. La réponse du gouvernement à la pandémie a été critiquée pour son manque de transparence et son insuffisance face aux besoins de la population.
Conclusion
Isaias Afwerki reste une figure dominante et controversée dans la politique érythréenne. Son rôle en tant que leader de la lutte pour l’indépendance et son mandat en tant que président ont laissé une empreinte indélébile sur l’Érythrée. Bien que ses efforts pour construire un État indépendant soient reconnus, son règne est également marqué par des critiques concernant les droits humains, la liberté politique et la gouvernance.
L’avenir de l’Érythrée et le rôle de son président continueront d’évoluer en fonction des développements politiques, économiques et sociaux tant au niveau national qu’international. Les défis auxquels est confrontée l’Érythrée sous la présidence d’Isaias Afwerki resteront un sujet de débat et d’analyse pour les observateurs internationaux et les Érythréens eux-mêmes.