Relations familiales

Garde des enfants après divorce en Jordanie

La garde des enfants après le divorce en Jordanie : Aspects juridiques et sociaux

Le divorce est une réalité complexe et émotionnellement difficile pour les couples, mais lorsqu’il y a des enfants en jeu, la situation devient encore plus délicate. En Jordanie, comme dans de nombreux pays, la garde des enfants après le divorce est régie par des lois spécifiques qui visent à protéger les intérêts et les droits des mineurs, tout en tenant compte des réalités culturelles et religieuses de la société. Cet article explore les principales dispositions juridiques qui régissent la garde des enfants après un divorce en Jordanie, les implications sociales et les défis auxquels les familles font face dans ce contexte.

Le cadre juridique de la garde des enfants en Jordanie

Le droit de garde selon la loi jordanienne

En Jordanie, la garde des enfants après le divorce est régie par le Code du statut personnel (loi n° 36 de 2010), qui s’applique principalement aux musulmans, étant donné que l’islam est la religion dominante du pays. La loi jordanienne distingue deux types principaux de garde : la garde physique et la garde légale. La garde physique concerne l’endroit où l’enfant réside principalement, tandis que la garde légale touche la capacité de prendre des décisions importantes pour l’enfant, telles que l’éducation, la santé et la religion.

La garde des enfants est généralement attribuée à la mère jusqu’à ce que l’enfant atteigne un certain âge, après quoi le père peut réclamer la garde, selon les circonstances. Cependant, la loi prévoit des ajustements en fonction des besoins de l’enfant et de l’intérêt supérieur de celui-ci.

La garde maternelle

En vertu de la loi jordanienne, la garde des enfants de moins de 12 ans est généralement attribuée à la mère, sauf dans certains cas où la mère est jugée inapte à s’occuper de l’enfant. L’intérêt de l’enfant est toujours le facteur déterminant pour la décision de garde, et la loi jordanienne accorde une attention particulière au bien-être émotionnel et psychologique des mineurs.

Après cet âge, le tribunal peut décider d’attribuer la garde au père, en tenant compte de l’enfant et des besoins spécifiques de ce dernier. Dans la pratique, cette règle peut varier selon la situation, et le tribunal a la possibilité de faire des exceptions en fonction des circonstances particulières.

Les critères pris en compte par le tribunal

Le tribunal jordanien prend plusieurs critères en compte lors de la prise de décision concernant la garde des enfants. Ces critères incluent l’âge et le sexe de l’enfant, la capacité des parents à subvenir aux besoins de l’enfant (tant sur le plan émotionnel que matériel), ainsi que la stabilité de l’environnement familial. Le bien-être de l’enfant est une priorité, et les décisions de garde sont prises avec soin pour s’assurer que l’enfant grandit dans un environnement stable, aimant et sain.

Il est important de noter que le droit islamique, qui influence en grande partie la législation en Jordanie, considère que la mère est le parent le mieux placé pour s’occuper des jeunes enfants. Toutefois, cette règle peut être modifiée si elle va à l’encontre du meilleur intérêt de l’enfant.

Le rôle de la religion et des traditions dans les décisions de garde

La société jordanienne, qui est majoritairement musulmane, influence profondément les décisions de garde des enfants. En Jordanie, les parents doivent souvent naviguer entre la loi et les attentes sociales et religieuses. Dans de nombreux cas, les parents divorcent sous la pression sociale, où la famille élargie (paternel ou maternelle) joue un rôle significatif dans la prise de décision. Les questions de garde peuvent être influencées par des considérations religieuses, telles que l’importance de maintenir l’enfant dans la foi islamique et l’adhérence aux traditions sociales.

Le père, en tant que chef de famille dans la culture traditionnelle jordanienne, a souvent plus de poids dans la décision finale, notamment lorsqu’il s’agit de la garde légale. Dans les cas où la mère est jugée inapte ou incapable de répondre aux besoins de l’enfant, le tribunal peut opter pour une garde partagée, voire attribuer la garde exclusive au père. Ce dernier doit néanmoins démontrer qu’il peut offrir à l’enfant un environnement propice à son épanouissement.

Les défis liés à la garde des enfants après le divorce

L’absence de garde partagée

L’une des principales problématiques liées à la garde des enfants en Jordanie après le divorce est l’absence généralisée de la pratique de la garde partagée. Contrairement à certains pays occidentaux, où la garde partagée est courante et largement acceptée, en Jordanie, le système judiciaire privilégie une garde exclusive, généralement attribuée à la mère. Cela peut créer des tensions et des conflits entre les parents, qui peuvent se sentir désavantagés ou marginalisés.

La garde exclusive, bien que souvent dans l’intérêt de l’enfant, peut aussi être source de frustration pour le parent non-gardien. Le droit de visite est en théorie garanti, mais dans la pratique, il peut être difficile à mettre en œuvre, surtout dans des cas où les relations entre les parents sont tendues ou conflictuelles.

Les conflits de garde et leur impact psychologique sur les enfants

Les conflits prolongés entre les parents concernant la garde des enfants peuvent avoir des effets dévastateurs sur le bien-être psychologique de ces derniers. L’incertitude, la pression émotionnelle et le stress liés aux disputes de garde peuvent causer des traumatismes à long terme chez les enfants, y compris des troubles du comportement, de l’anxiété et de la dépression. Les parents doivent être conscients des impacts psychologiques que peut avoir une procédure de divorce prolongée et éviter que les enfants ne deviennent les instruments d’un conflit.

Les défis sociaux et économiques pour la mère

Bien que la loi accorde en principe la garde aux mères dans les premières années de l’enfant, il existe des défis importants pour les femmes dans la gestion de la garde après le divorce. Sur le plan social, la mère divorcée peut se retrouver dans une position de vulnérabilité, car les mères célibataires sont souvent stigmatisées dans la société jordanienne. En outre, sur le plan économique, beaucoup de mères doivent faire face à des difficultés pour subvenir aux besoins de leurs enfants sans le soutien financier de l’ex-conjoint.

Le manque de soutien gouvernemental pour les mères célibataires, combiné à des normes sociales conservatrices, peut rendre la situation encore plus difficile pour les femmes qui cherchent à obtenir la garde de leurs enfants. Les mères peuvent parfois se retrouver à lutter pour garantir que leurs enfants reçoivent l’éducation et les soins dont ils ont besoin dans un environnement social et économique incertain.

Réformes et perspectives d’avenir

La Jordanie a fait des progrès dans le domaine de la législation sur la garde des enfants après le divorce, mais il reste encore beaucoup à faire pour assurer une approche plus équitable et adaptable. Les réformes législatives récentes ont cherché à introduire des mécanismes pour renforcer les droits des mères, en particulier dans les cas de violence domestique ou d’abus. Cependant, la société jordanienne demeure relativement conservatrice, ce qui peut limiter l’efficacité de ces réformes dans la pratique.

De plus, il est crucial de promouvoir l’éducation et la sensibilisation aux effets psychologiques du divorce sur les enfants et de développer des solutions de garde partagée qui bénéficient à la fois aux parents et aux enfants. Encourager la médiation familiale et les solutions amiables pourrait également aider à réduire les conflits et à garantir que les décisions de garde sont prises dans l’intérêt de l’enfant.

Conclusion

La garde des enfants après un divorce en Jordanie est un sujet complexe qui touche à des questions juridiques, sociales, religieuses et économiques. Bien que la loi jordanienne accorde une priorité à l’intérêt de l’enfant, la réalité de la mise en œuvre de cette législation peut parfois entrer en conflit avec des pratiques sociales conservatrices et des attentes familiales. Dans le futur, un équilibre entre réformes juridiques et sensibilisation sociale sera essentiel pour garantir que les enfants divorcent dans un environnement stable et épanouissant, tout en respectant les droits de tous les parents.

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