La dynastie des Idrissides au Maroc
La dynastie des Idrissides (ou État des Idrissides) est la première dynastie islamique à avoir régné sur une partie du territoire du Maroc actuel. Elle tire son nom d’Idriss Ier, un descendant du prophète Mahomet, qui est considéré comme le fondateur de cette dynastie. L’histoire des Idrissides, bien que relativement brève, est d’une importance capitale dans la formation de l’identité politique et religieuse du Maroc. Leur règne s’étend de la fin du VIIIe siècle au début du Xe siècle, posant ainsi les fondations de l’État marocain et introduisant l’islam chiite zaïdite dans la région.
Contexte historique et fondation de l’État idrisside
L’ascension des Idrissides se situe dans le contexte des bouleversements politiques du monde islamique à la fin du VIIIe siècle. À cette époque, l’empire abbasside, qui avait renversé la dynastie omeyyade en 750, exerçait son autorité sur une grande partie du monde musulman, mais de nombreux mouvements opposés à leur domination émergeaient.

Idriss ibn Abdallah, connu sous le nom d’Idriss Ier, est un descendant d’Ali ibn Abi Talib, le cousin et gendre du prophète Mahomet, et de Fatima Zahra, la fille du Prophète. Après la défaite de la révolte chiite de Fakh en 786 contre les Abbassides près de La Mecque, Idriss Ier parvient à s’enfuir. Il trouve refuge dans la région du Maghreb al-Aqsa, c’est-à-dire l’actuel Maroc, alors encore largement peuplé de tribus berbères récemment islamisées, mais autonomes vis-à-vis du pouvoir abbasside.
Arrivé à Volubilis (Walili), une ancienne cité romaine devenue un centre régional, Idriss Ier gagne la sympathie des tribus berbères locales, notamment la tribu des Awraba. En 788, il est proclamé imam, et il fonde le premier État islamique indépendant au Maroc. Cette date marque ainsi le début de la dynastie idrisside et, par extension, la formation du premier État marocain.
Le règne d’Idriss Ier (788-791)
Le règne d’Idriss Ier, bien que court, est crucial. Il entreprend de consolider son autorité sur les tribus berbères et tente d’étendre son influence sur le reste du Maghreb. Sa capacité à unir les tribus et à fonder une capitale à Volubilis est vue comme un grand succès. Cependant, son ambition et son indépendance vis-à-vis du califat abbasside suscitent l’hostilité de ce dernier.
En 791, Idriss Ier est empoisonné par un agent abbasside, probablement en mission pour le calife Haroun al-Rachid. Sa mort prématurée met en péril la jeune dynastie, mais son serviteur, Rachid, parvient à protéger la lignée en recueillant son fils posthume, Idriss II.
Le règne d’Idriss II (791-828)
Idriss II, né peu après la mort de son père, est élevé sous la tutelle de Rachid. Dès son jeune âge, il est proclamé chef de l’État idrisside en 803. Son règne marque l’apogée de la dynastie. Idriss II parvient à renforcer le pouvoir central et à agrandir considérablement l’État idrisside. Il déplace la capitale de Volubilis à Fès, une ville qu’il fonde en 789 et qui deviendra un centre culturel et religieux majeur dans le monde islamique.
Idriss II consolide également les relations avec les tribus berbères, renforçant l’alliance entre les Arabes et les Berbères, une alliance essentielle à la stabilité de son royaume. Sous son règne, Fès devient une plaque tournante du savoir et du commerce, attirant des érudits, des artisans, et des commerçants du monde musulman, particulièrement d’Andalousie et d’Ifriqiya.
Sur le plan religieux, Idriss II poursuit la diffusion de l’islam chiite zaïdite tout en s’adaptant à la réalité locale berbère. Son règne pose les bases d’une société marocaine unifiée, avec une identité culturelle islamique solidifiée.
La fragmentation et le déclin des Idrissides
Après la mort d’Idriss II en 828, la dynastie commence à se fragmenter. Son royaume est partagé entre ses nombreux fils, entraînant la division de l’État en plusieurs principautés. Cette division affaiblit l’autorité centrale, et les Idrissides perdent progressivement le contrôle de certaines régions au profit de puissances rivales, telles que les Omeyyades de Cordoue et les Fatimides en Ifriqiya.
Malgré ces divisions, la dynastie parvient à maintenir une certaine influence jusqu’au Xe siècle. Cependant, la pression des Fatimides chiites, qui contrôlent une grande partie de l’Afrique du Nord, finit par mettre un terme au pouvoir des Idrissides. En 985, la dynastie idrisside est définitivement renversée par les Miknasa, une tribu berbère alliée aux Fatimides.
L’héritage des Idrissides
Bien que leur règne ait pris fin au Xe siècle, l’héritage des Idrissides est profondément ancré dans l’histoire et la culture marocaines. Ils sont à l’origine de l’islamisation définitive du Maroc et ont jeté les bases de la construction d’un État marocain indépendant, une tradition qui se poursuivra sous d’autres dynasties, telles que les Almoravides et les Almohades.
Fès, la ville fondée par Idriss II, devient un centre intellectuel et spirituel de premier plan dans le monde musulman, notamment grâce à l’université Al Quaraouiyine, fondée au IXe siècle, qui est l’une des plus anciennes universités au monde. L’État idrisside a également marqué le début de la fusion entre les éléments arabes et berbères, créant ainsi une identité marocaine unique, qui persistera au cours des siècles suivants.
De plus, les descendants de la dynastie idrisside, connus sous le nom de chérifs idrissides, joueront un rôle important dans l’histoire du Maroc. Même après la chute de leur pouvoir politique, ces descendants conserveront un grand prestige religieux, et leur lignée sera vénérée dans de nombreuses régions du pays.
Conclusion
La dynastie des Idrissides a été la première à établir un État islamique indépendant sur le territoire marocain, posant ainsi les bases de l’identité politique, religieuse et culturelle du Maroc. Leur règne, bien que relativement court, a marqué un tournant décisif dans l’histoire du Maghreb. À travers l’unification des tribus berbères et la fondation de villes comme Fès, les Idrissides ont réussi à créer une société islamique durable qui influencera profondément les dynasties futures et façonnera l’histoire du Maroc.