Etudes et recherches

Dhoul-Qarnayn : Mythes et Réalités

L’Histoire de Dhoul-Qarnayn : Un personnage mystérieux et une figure biblique et coranique

Le personnage de Dhoul-Qarnayn, ou Dhul-Qarnayn en arabe, suscite de nombreuses interrogations et débats parmi les chercheurs, théologiens et historiens. Évoqué principalement dans le Coran, ainsi que dans des traditions historiques et religieuses, il est une figure fascinante qui a traversé les âges. La question de son identité, de son rôle et de ses réalisations reste complexe et interprétée de diverses manières selon les sources et les cultures. Cet article se propose d’explorer les multiples facettes de cette figure mythologique, en étudiant son rôle dans les traditions islamiques, les récits antiques et modernes, ainsi que les interprétations possibles de son histoire.

Dhoul-Qarnayn dans le Coran

La mention la plus détaillée de Dhoul-Qarnayn se trouve dans le Coran, précisément dans la sourate Al-Kahf (18:83-101). Selon ce passage, Dhoul-Qarnayn est un souverain puissant et juste, qui a voyagé à travers le monde pour accomplir diverses missions. Son nom, Dhoul-Qarnayn, signifie littéralement « Celui aux deux cornes ». Cette expression a donné lieu à plusieurs interprétations, mais elle est souvent considérée comme une référence à un personnage ayant atteint deux grandes régions du monde ou possédant un pouvoir considérable, symbolisé par les « deux cornes ».

Le Coran raconte que Dhoul-Qarnayn a voyagé vers trois régions principales : une vers le couchant, une vers le levant, et une autre entre les deux. Dans son voyage vers l’ouest, il atteint un endroit où le soleil se couche dans une mer noire (mer occidentale, souvent interprétée comme la mer Méditerranée ou la mer d’Azov). Dans son périple vers l’est, il découvre un peuple vivant à l’extrémité du monde, où le soleil se lève, qui est souvent interprété comme un peuple de l’Asie centrale ou de la Chine. Enfin, la troisième étape de son voyage l’amène à rencontrer un peuple vulnérable face à des créatures malfaisantes, qu’il aidera en construisant un mur de fer pour les protéger des invasions des Gog et Magog (Ya’jûj et Ma’jûj), un groupe mythologique réputé pour leur sauvagerie et leur inhumanité.

Ce passage est riche en symbolisme et en mysticisme, et de nombreux érudits ont cherché à en comprendre le sens profond, à la fois d’un point de vue historique et théologique.

L’Interprétation historique et géographique

L’identité exacte de Dhoul-Qarnayn reste incertaine. Bien que le Coran ne donne pas de détails explicites sur sa nationalité, de nombreux commentateurs ont tenté de l’associer à des figures historiques réelles, en particulier des rois ou des empereurs anciens connus pour leur pouvoir et leurs conquêtes. Certaines des suggestions les plus courantes incluent :

  1. Alexandre le Grand (Alexandre III de Macédoine) : Cette théorie est l’une des plus répandues, car Alexandre le Grand est un souverain historique qui a effectivement voyagé très loin et a conquis un large empire allant de la Grèce jusqu’aux frontières de l’Inde. L’idée que « les deux cornes » se réfèrent à ses couronnes ou à ses exploits en Orient et en Occident semble plausible. Certains récits antiques le relient également à la construction d’une grande muraille pour protéger des peuples hostiles, ce qui pourrait correspondre au mythe du mur construit contre les Gog et Magog.

  2. Cyrus le Grand : Une autre hypothèse met en avant le roi Perse, Cyrus II, fondateur de l’Empire perse achéménide, qui était reconnu pour sa sagesse et son respect de la diversité des peuples conquis. Son rôle dans l’histoire de la Mésopotamie et de l’Empire perse aurait pu en faire un candidat plausible pour être Dhoul-Qarnayn, notamment à cause de son expéditions vers l’Est et l’Ouest.

  3. Autres figures antiques : Certains chercheurs ont suggéré des figures moins connues, comme le roi nabatéen Aratus de Damas, ou même des personnages mythologiques comme le roi de la Médie ou le pharaon Ramsès II, mais ces théories sont moins répandues.

Cependant, aucune preuve concluante n’a permis d’associer Dhoul-Qarnayn de manière définitive à une figure historique précise. Il est possible que le nom ait une signification symbolique, représentant plutôt une arche de la sagesse et de la justice, des valeurs élevées qui traversent plusieurs cultures et civilisations.

Les Gog et Magog (Ya’jûj et Ma’jûj)

L’une des parties les plus intrigantes de l’histoire de Dhoul-Qarnayn dans le Coran est son affrontement avec Gog et Magog, ou Ya’jûj et Ma’jûj en arabe. Ces peuples mystérieux sont décrits comme étant barbares, belliqueux et implacables, représentant les forces du chaos et de la destruction. Dans le Coran, Dhoul-Qarnayn, avec l’aide de son armée et de son savoir, érige un mur de fer et de cuivre pour les empêcher de dévaster la terre. Ce mur est souvent interprété comme une métaphore du contrôle du mal et du triomphe de la civilisation contre les forces primitives.

Les Gog et Magog sont également une figure clé dans la Bible et dans diverses traditions apocalyptiques, notamment dans le Livre de l’Apocalypse (Bible chrétienne), où ils représentent un peuple ou une armée qui se lèvera lors de la fin du monde pour affronter les forces divines.

En tant que tel, l’histoire de Dhoul-Qarnayn et des Gog et Magog peut être lue comme une allégorie du bien contre le mal, de l’ordre contre le chaos. Cette thématique est présente non seulement dans les religions abrahamiques, mais aussi dans de nombreuses autres traditions à travers le monde.

La dimension symbolique et mystique

Au-delà de l’aspect historique et géographique, l’histoire de Dhoul-Qarnayn revêt une grande dimension symbolique et mystique. Dans le Coran, Dhoul-Qarnayn est dépeint comme un roi juste et pieux, qui cherche à protéger les innocents et à défendre la vérité. Il incarne des qualités telles que la sagesse, la prudence et la justice, et il est guidé par un sens profond de responsabilité divine.

La construction du mur contre les Gog et Magog est également interprétée comme une métaphore du combat spirituel entre les forces du bien et du mal. Ce mur représente non seulement une protection physique, mais aussi une barrière morale et éthique contre l’injustice et la violence.

L’héritage de Dhoul-Qarnayn dans la culture islamique et au-delà

L’héritage de Dhoul-Qarnayn a traversé les siècles et a eu une influence notable sur la culture islamique. Il est souvent cité comme un modèle de leadership juste et pieux, en particulier dans les contextes où les musulmans cherchent à souligner l’importance de la responsabilité morale des dirigeants. Le fait qu’il ait été capable de mener son peuple à travers de nombreuses épreuves, tout en restant fidèle aux principes divins, fait de lui un exemple de gouvernance éclairée et équilibrée.

Au-delà de l’Islam, Dhoul-Qarnayn a également inspiré de nombreuses légendes et récits populaires dans le monde musulman, du Moyen Âge jusqu’à l’ère moderne. Par exemple, les voyages de Dhoul-Qarnayn ont été comparés à ceux d’autres héros légendaires, comme le Roi Arthur ou Hercule, chacun portant avec lui des valeurs et des leçons qui transcendent les frontières culturelles.

Conclusion

Dhoul-Qarnayn est une figure complexe et énigmatique qui continue de fasciner les chercheurs et les croyants à travers le monde. Que l’on considère son histoire comme étant purement mythologique, une métaphore spirituelle ou un récit historique, elle porte en elle des enseignements importants sur la justice, la responsabilité et la lutte contre l’injustice. La richesse de son histoire, notamment dans le contexte coranique, offre un terrain fertile pour la réflexion sur le rôle des dirigeants, la moralité et l’éthique dans la gouvernance, tout en suscitant un dialogue continu entre l’histoire, la religion et la culture.

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