La province de Dhi Qar (ou Thi Qar) est l’une des dix-huit gouvernorats de l’Irak, située dans le sud du pays. Sa capitale est Nasiriyah, une ville connue pour son patrimoine historique et archéologique. Ce gouvernorat, peuplé majoritairement par des Arabes chiites, joue un rôle important dans l’histoire et la culture de la Mésopotamie ancienne. Dhi Qar tire son nom de la célèbre bataille de Dhi Qar, qui s’est déroulée dans la région au début de l’ère islamique. Cet article examine l’histoire, la géographie, l’économie, la culture, ainsi que les défis contemporains auxquels la province est confrontée.
Histoire ancienne et patrimoine archéologique
La région de Dhi Qar est riche en vestiges archéologiques, car elle abrite certains des sites les plus anciens de la civilisation sumérienne. Le plus célèbre de ces sites est Ur, une ancienne ville sumérienne qui fut autrefois la capitale de la Mésopotamie du sud. Ur est surtout connue pour sa grande ziggourat, un temple monumental dédié au dieu de la lune, Nanna. Cette ville est également importante dans l’histoire religieuse, car elle est mentionnée dans la Bible comme étant le lieu de naissance d’Abraham, une figure clé des traditions juive, chrétienne et musulmane.

Le site d’Ur fait partie des nombreux trésors archéologiques de Dhi Qar, ce qui en fait une destination importante pour les chercheurs et les archéologues du monde entier. D’autres villes antiques, comme Eridu et Larsa, se trouvent également dans cette province. Ces villes ont prospéré dans l’Antiquité grâce à leur position le long de l’Euphrate et à leurs riches terres agricoles, qui favorisaient la culture des céréales et la gestion des ressources hydrauliques.
Géographie et environnement
Dhi Qar est située au cœur de la plaine mésopotamienne, une région caractérisée par ses terres plates et ses fleuves qui forment un réseau complexe de cours d’eau, de marais et de lacs. La présence du fleuve Euphrate joue un rôle central dans la vie de la province. Les marais, en particulier, sont une caractéristique notable de la région. Ces zones humides, appelées les Marais mésopotamiens, abritent une biodiversité unique et ont été, pendant des millénaires, un lieu de vie pour les Arabes des marais (ou Ma’dan), un groupe ethnique distinct qui vivait en symbiose avec cet environnement aquatique.
Cependant, ces marais ont souffert de décennies de dégradation environnementale, en raison de la construction de barrages en amont et des politiques de drainage sous le régime de Saddam Hussein dans les années 1990. Ces actions ont presque complètement asséché les marais, entraînant la destruction de cet écosystème fragile. Après la chute du régime en 2003, des efforts ont été faits pour restaurer ces marais, et une partie a été revitalisée, attirant à nouveau des oiseaux migrateurs et rétablissant une partie de la vie traditionnelle des Ma’dan.
Économie
L’économie de Dhi Qar repose principalement sur l’agriculture et le secteur pétrolier. Les terres fertiles le long de l’Euphrate permettent la culture de diverses céréales, légumes et fruits. Le riz est l’une des cultures traditionnelles de la région, en particulier la variété connue sous le nom de riz Anbar, très prisée pour sa qualité et son arôme. En outre, l’élevage de bétail, notamment de buffles, est également une activité importante, en particulier dans les zones proches des marais.
Le secteur pétrolier joue un rôle croissant dans l’économie de Dhi Qar. La province possède des gisements de pétrole, notamment dans les champs de Nassiriya et Gharraf, qui sont exploités par des compagnies pétrolières nationales et internationales. Le pétrole représente une source importante de revenus pour la province, bien que son exploitation soulève des préoccupations environnementales et des tensions politiques.
Société et culture
La population de Dhi Qar est majoritairement arabe et de confession chiite, comme c’est le cas dans une grande partie du sud de l’Irak. La société est encore largement tribale, avec des chefs de tribus jouant un rôle important dans la vie politique et sociale locale. Cette structure tribale a été renforcée au cours des années de conflits et d’instabilité en Irak, où les tribus ont souvent pris le relais des institutions publiques défaillantes.
La ville de Nasiriyah est un centre culturel important, abritant plusieurs musées, dont le Musée de Nasiriyah, qui conserve des objets archéologiques issus des fouilles des sites sumériens de la région. Nasiriyah est également connue pour avoir été un foyer de résistance contre les forces britanniques pendant la révolte irakienne de 1920 et, plus récemment, contre les troupes américaines après l’invasion de 2003.
Défis contemporains
Dhi Qar, comme le reste de l’Irak, fait face à de nombreux défis contemporains. L’un des plus importants est le sous-développement économique et les infrastructures défaillantes. Bien que la province possède des richesses naturelles, notamment dans le secteur pétrolier, une grande partie de la population souffre encore de la pauvreté, du chômage et du manque de services publics de base, tels que l’eau potable et l’électricité.
La province est également régulièrement confrontée à des troubles politiques. Depuis 2019, Nasiriyah a été l’un des épicentres des manifestations anti-gouvernementales en Irak, connues sous le nom de « révolution d’octobre ». Les manifestants, pour la plupart jeunes, réclament des réformes politiques, la fin de la corruption et de meilleures conditions de vie. Ces protestations ont souvent été réprimées violemment par les forces de sécurité, mais elles témoignent du profond mécontentement de la population face à la gestion des affaires publiques.
En plus des tensions sociales et politiques, Dhi Qar est également confrontée à des défis environnementaux croissants. La dégradation continue des marais, les sécheresses fréquentes et la mauvaise gestion de l’eau exacerbent les problèmes économiques et menacent la survie des communautés locales. La lutte pour la conservation des marais mésopotamiens est devenue un symbole des efforts plus larges de l’Irak pour faire face aux changements climatiques et à la gestion durable de ses ressources naturelles.
Conclusion
La province de Dhi Qar est une région d’une grande richesse historique et culturelle, marquée par les vestiges de la civilisation sumérienne et les luttes contemporaines pour la justice sociale et économique. En dépit de ses défis, notamment sur les plans environnemental et économique, Dhi Qar conserve un rôle important dans l’identité irakienne. Les efforts pour restaurer les marais, développer le secteur pétrolier de manière durable et répondre aux besoins de la population sont autant de défis auxquels la province doit faire face dans les années à venir. Toutefois, le potentiel culturel et économique de Dhi Qar, s’il est bien géré, pourrait offrir un avenir plus prometteur à ses habitants.