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Culture au temps mamelouk

Le Moyen Âge égyptien, particulièrement durant le règne des Mamelouks (1250-1517), a été marqué par une floraison culturelle remarquable. La période mamelouke, divisée en deux dynasties principales – les Mamelouks Bahri (1250-1382) et les Mamelouks Burji (1382-1517) – a vu l’Égypte devenir un centre névralgique de la civilisation islamique, attirant savants, artistes et commerçants de toutes parts. Cet article explore les aspects clés de la vie culturelle sous les Mamelouks, couvrant la littérature, les arts, l’architecture, les sciences et l’éducation.

Littérature

La littérature mamelouke est marquée par une grande diversité et une richesse intellectuelle. Les chroniques historiques sont l’une des contributions les plus significatives de cette époque. Parmi les historiens célèbres, on trouve Ibn Khaldun, dont l’ouvrage « Al-Muqaddima » est une des premières études de la sociologie et de l’histoire. Les récits biographiques, les poèmes panégyriques et les ouvrages de jurisprudence et de théologie sont également nombreux.

Les bains publics et les maisons des riches étaient souvent des lieux où se déroulaient des lectures de poésie et des discussions littéraires. Les madrassas et les bibliothèques attiraient des savants du monde islamique entier, contribuant à un environnement intellectuel vibrant.

Arts et Architecture

L’architecture mamelouke est caractérisée par une somptuosité et une complexité qui témoignent du pouvoir et de la richesse de cette époque. Le Caire, en particulier, est orné de mosquées, de madrassas, de khans (caravanserais) et de souks qui restent des témoignages vivants de l’architecture mamelouke. Parmi les édifices emblématiques, on peut citer la mosquée du Sultan Hassan, construite au XIVe siècle, qui est un chef-d’œuvre d’architecture islamique.

Les arts décoratifs, tels que la céramique, le textile, le verre et les objets en métal, ont également prospéré. Les artisans mamelouks étaient réputés pour leurs techniques sophistiquées et leurs designs élaborés, souvent incorporant des motifs géométriques et calligraphiques. La calligraphie arabe a atteint des sommets artistiques sous les Mamelouks, avec l’utilisation de styles variés comme le thuluth et le naskh, souvent utilisés pour embellir les manuscrits et les monuments.

Sciences et Éducation

La science et l’éducation ont joué un rôle central sous les Mamelouks. Le Caire abritait plusieurs institutions éducatives renommées, dont l’université d’Al-Azhar, qui est l’une des plus anciennes universités du monde. Les madrassas enseignaient une variété de sujets, allant de la théologie et de la jurisprudence islamique à la médecine, aux mathématiques et à l’astronomie.

Les sciences médicales ont particulièrement prospéré, avec des médecins comme Ibn al-Nafis, qui a décrit pour la première fois la circulation pulmonaire du sang. Les hôpitaux (bimaristans) du Caire étaient bien équipés et servaient de centres de formation médicale. Les contributions en astronomie, en mathématiques et en chimie étaient également notables, avec des savants comme Nasir al-Din al-Tusi et Ibn al-Shatir qui ont influencé les sciences en Europe par leurs travaux.

Musique et Danse

La musique et la danse étaient également des aspects importants de la vie culturelle mamelouke. Les cours royales et les maisons des nobles organisaient fréquemment des spectacles de musique et de danse. La musique était souvent accompagnée de chants poétiques et jouée sur des instruments traditionnels comme l’oud, le qanun et le ney. Les sama‘ (concerts spirituels) soufis étaient également populaires et jouaient un rôle essentiel dans les pratiques religieuses et sociales.

Commerce et Économie

L’Égypte mamelouke était au centre des routes commerciales entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe, ce qui a grandement influencé sa culture. Les bazar et souk du Caire étaient des lieux de rencontre pour les commerçants du monde entier, échangeant non seulement des marchandises mais aussi des idées et des connaissances. Les Mamelouks eux-mêmes, souvent issus d’esclaves militaires venus des steppes eurasiennes, apportaient avec eux des traditions et des savoirs variés.

Société et Religion

La société mamelouke était stratifiée mais dynamique. Les Mamelouks, bien que d’origine étrangère et souvent esclaves, constituaient l’élite militaire et politique. La religion islamique était au cœur de la vie quotidienne, et les cheikhs et oulémas jouaient un rôle crucial dans l’éducation et la gouvernance. Les confréries soufies étaient également influentes, organisant des rituels et des fêtes religieuses qui rythmaient l’année.

Les festivals religieux et célébrations publiques, comme le Mawlid al-Nabi (anniversaire du Prophète), étaient des moments de rassemblement communautaire et de réjouissance, marqués par des processions, des chants et des festins.

Conclusion

La période mamelouke en Égypte représente un âge d’or culturel, où la richesse et le pouvoir politique ont permis un épanouissement artistique, scientifique et intellectuel sans précédent. Malgré les défis internes et les menaces externes, les Mamelouks ont su créer un environnement où la culture pouvait prospérer. Le legs mamelouk est encore visible aujourd’hui, non seulement dans les monuments du Caire, mais aussi dans l’influence durable de leurs contributions à la civilisation islamique et mondiale.

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