réseaux

Comparaison d’outils de simulation réseau

Comparaison Approfondie des Outils de Simulation Réseau

La simulation réseau constitue un pilier fondamental dans la recherche, la formation et la mise au point de technologies de communication. Dans un monde de plus en plus connecté, les exigences en matière de performance, de fiabilité et de sécurité des réseaux ne cessent de croître, imposant aux ingénieurs et aux chercheurs une rigueur constante et un besoin permanent d’expérimentation. Pourtant, réaliser des tests sur des infrastructures réelles peut s’avérer coûteux, voire irréalisable. C’est là qu’interviennent les outils de simulation et d’émulation réseau, conçus pour reproduire de façon contrôlée et paramétrable un large éventail de scénarios de trafic, de topologies et de protocoles. L’objectif de ce vaste exposé est de fournir une vision à la fois détaillée et comparative de différents outils incontournables dans ce domaine, en soulignant leurs forces, leurs limitations et leurs domaines d’application privilégiés.

Dans un souci d’exhaustivité, le présent article dépasse la simple liste descriptive : il explore l’historique, les bases théoriques, les mécanismes internes, les paradigmes de conception et les cas d’utilisation concrets de chaque outil. Nous mettrons en évidence la place des simulateurs traditionnels (tels que NS-2, NS-3 ou OMNeT++) dans la recherche académique, tout en discutant des évolutions plus récentes liées à des besoins nouveaux, notamment l’émergence du SDN (Software-Defined Networking), de la virtualisation des fonctions réseau (NFV – Network Function Virtualization) et de l’IoT (Internet of Things). En outre, l’article détaillera les spécificités des plateformes d’émulation (GNS3, EVE-NG, Cisco Packet Tracer, etc.) et celles des environnements hybrides (comme Mininet, qui facilite l’expérimentation SDN). L’analyse portera sur des critères essentiels : la précision de la modélisation, la diversité des protocoles pris en charge, la charge de travail en matière de configuration, la communauté d’utilisateurs, la documentation et la compatibilité avec différents systèmes. Un tableau de synthèse sera présenté afin d’offrir une vue d’ensemble claire et structurée.

Dans cette perspective, il est fondamental de rappeler que le choix d’un outil de simulation ou d’émulation réseau dépend de l’objectif visé. Un chercheur qui souhaite modéliser le comportement d’un nouveau protocole de routage à l’échelle d’Internet n’aura pas les mêmes attentes qu’un formateur souhaitant illustrer la configuration de routeurs Cisco dans un cadre pédagogique, ou qu’un ingénieur réseau cherchant à valider l’implémentation d’un système SDN en conditions quasi réelles. C’est pourquoi la comparaison présentée ci-dessous s’efforcera de couvrir un spectre large de cas d’utilisation, tout en explicitant les limites propres à chaque approche. Sans ces nuances, il est facile de se tromper de méthodologie et d’outil, compromettant ainsi la fiabilité ou la pertinence des résultats.

En marge des considérations fonctionnelles, l’article abordera aussi l’importance de la calibration et de la validation des simulateurs. En effet, un outil de simulation, aussi sophistiqué soit-il, reste une approximation de la réalité. Les modèles d’erreurs, l’influence de paramètres tels que la gigue, la latence, la perte de paquets, les limitations matérielles ou encore l’empilement protocolaire peuvent biaiser les conclusions si l’on ne prend pas la peine de confronter régulièrement les résultats simulés à des tests expérimentaux, voire à des traces de trafic réel. Ces aspects méthodologiques sont cruciaux pour quiconque désire produire une étude fiable et publiée dans un contexte académique ou industriel.

Enfin, nous terminerons par l’examen des tendances futures : automatisation de la configuration des scénarios, intégration de l’intelligence artificielle pour la création de topologies dynamiques, ou encore interfaces graphiques avancées permettant de visualiser en temps réel l’évolution du réseau. Des références bibliographiques et des liens vers des ressources complémentaires seront fournis afin de guider le lecteur vers des explorations plus poussées ou des applications pratiques. Dans un monde en mutation rapide, la connaissance actualisée des outils de simulation réseau apparaît comme un atout incontournable pour quiconque souhaite concevoir, analyser et optimiser des infrastructures de communication complexes.


1. Contexte Général et Rappels Conceptuels

Les réseaux informatiques, qu’ils soient locaux (LAN), métropolitains (MAN) ou étendus (WAN), reposent sur un ensemble de couches et de protocoles normalisés. Parmi les modèles conceptuels, le plus emblématique est sans doute le modèle OSI à sept couches (Application, Présentation, Session, Transport, Réseau, Liaison et Physique) et, dans la pratique, la pile TCP/IP (souvent répartie en quatre ou cinq couches selon les interprétations). Les tests et l’optimisation de protocoles comme TCP, UDP, IP, HTTP, ou encore des mécanismes de routage (OSPF, RIP, BGP, EIGRP, etc.) exigent un environnement flexible, capable de reproduire la dynamique d’un réseau à grande échelle. Or, la construction d’un tel environnement dans le monde réel implique des coûts matériel et logiciel élevés, sans compter la complexité de la maintenance et les éventuels risques de panne.

La simulation permet de créer des modèles abstraits des composants réseau (nœuds, routeurs, commutateurs, canaux de communication, etc.) et de définir des scénarios d’échanges (flux de données, injection d’erreurs, changement topologique) dans un cadre mathématique et algorithmique. Chaque simulateur implémente une architecture interne propre qui détermine la manière dont les événements (paquets envoyés, reçus, perdus) sont gérés. On peut distinguer schématiquement deux grandes approches :

  • Simulation basée sur les événements discrets : Le temps y est modélisé comme une suite d’instants discrets où se produisent des événements (arrivée d’un paquet, expiration d’un temporisateur, etc.). Les événements sont ordonnés chronologiquement et la simulation avance pas à pas, en traitant chaque événement selon les règles du modèle.
  • Simulation à temps continu : Certaines plateformes utilisent des équations différentielles ou d’autres outils d’analyse continue pour représenter l’évolution de phénomènes analogiques, comme la propagation d’un signal radio dans un canal sans fil. Cette approche se retrouve souvent dans des domaines connexes (ex. simulation d’antennes ou d’électronique), mais moins couramment dans le pur domaine de la simulation réseau, où l’événement discret demeure largement dominant.

Par ailleurs, il est fondamental de souligner la différence entre simulation et émulation :

  • Simulation : Les nœuds et les protocoles sont représentés par des modèles abstraits exécutés au sein d’un logiciel spécialisé. Il n’y a pas nécessairement d’interaction en temps réel avec un trafic réseau externe.
  • Émulation : Le logiciel met en place un environnement virtuel qui reproduit le comportement d’un réseau réel, souvent à travers des machines virtuelles ou des conteneurs. L’utilisateur peut interagir en temps réel et injecter du trafic réel dans l’environnement.

Dans la pratique, la frontière peut être poreuse : certains outils de simulation peuvent inclure des fonctionnalités d’émulation, et inversement. Il convient donc de bien cerner les objectifs et contraintes avant de choisir l’une ou l’autre méthode.


2. Évolution Historique des Simulateurs et Émulateurs Réseau

2.1 Premières Approches et Logiciels Fondateurs

Les premières simulations réseau remontent à l’époque où la conception de protocoles de la suite TCP/IP était encore en pleine effervescence. Les chercheurs du DARPA et d’autres institutions universitaires se sont penchés sur la possibilité de tester des idées novatrices en matière de routage ou de contrôle de congestion, sans devoir mobiliser des ressources matérielles onéreuses. Les simulateurs étaient alors rudimentaires, souvent codés pour des besoins spécifiques, manquant de généralité et d’ergonomie.

Au fil du temps, plusieurs initiatives ont vu le jour. Parmi elles, le langage de script TeD (Topology and Editor) ou encore les travaux ponctuels visant à reproduire l’acheminement de paquets dans des projets de recherche pointus. Cependant, c’est véritablement avec l’apparition de NS-2 (Network Simulator 2), dans les années 90, que la communauté académique a trouvé un socle commun et extensible. NS-2, développé dans le cadre d’un projet de la Virtual InterNetwork Testbed (VINT), a posé les jalons d’une architecture d’événements discrets modulaire et ouverte au développement de nouveaux protocoles.

2.2 Montée en Puissance des Outils Open Source

Au tournant des années 2000, l’écosystème open source a été marqué par l’émergence de projets collaboratifs, bénéficiant d’une large communauté d’utilisateurs et de contributeurs. Le manque de flexibilité et certains goulots d’étranglement de NS-2 ont poussé au développement de son successeur logique, NS-3, qui reprend l’idée d’une simulation basée sur événements discrets, tout en adoptant une architecture plus moderne en C++ et en intégrant des modules pour la simulation de réseaux sans fil avancés (Wi-Fi, LTE, Wimax, etc.).

Dans le même temps, OMNeT++ a conquis une part importante de la communauté, en mettant l’accent sur la modularité, l’interface graphique et la facilité de développement de nouveaux modules. Écrit également en C++, OMNeT++ est devenu populaire tant dans le milieu académique que dans l’industrie, notamment pour les études de réseaux de capteurs, de réseaux véhiculaires (VANET) et plus récemment d’architectures SDN.

D’autres projets se sont greffés à ce paysage, comme QualNet ou OPNET (Riverbed Modeler), solutions souvent propriétaires mais reconnues pour leur fiabilité et leurs modèles avancés, en particulier pour les réseaux sans fil. Ces solutions, soutenues par des entreprises, proposaient des environnements à la fois conviviaux et robustes, mais généralement coûteux en licence, limitant leur accessibilité dans certaines universités ou centres de recherche à petit budget.

2.3 Apparition des Environnements d’Émulation

Parallèlement aux simulateurs traditionnels, le besoin de tester des scénarios plus proches de la réalité, avec la possibilité d’interagir en direct avec des équipements ou du trafic réel, a conduit au développement d’environnements d’émulation. GNS3 (Graphical Network Simulator-3), par exemple, est devenu un outil de référence pour la préparation aux certifications Cisco, permettant de faire tourner des images IOS dans un environnement virtualisé et d’expérimenter la configuration de routeurs et de commutateurs presque comme sur du matériel réel.

Par la suite, EVE-NG (EVE-NG Community et EVE-NG Pro) a étendu ces fonctionnalités, en prenant en charge un large éventail d’images virtuelles (Cisco, Juniper, Palo Alto, etc.) et en offrant une interface plus flexible pour la gestion de topologies complexes. D’autres solutions d’émulation se sont orientées vers des besoins plus spécifiques, comme Mininet, centré sur le SDN et l’OpenFlow, permettant de déployer rapidement des topologies de commutateurs et de contrôleurs SDN virtualisés.

2.4 Tendance Contemporaine et Perspectives Futures

Avec la popularisation de la virtualisation et du cloud computing, la frontière entre simulation et déploiement réel tend à s’estomper. Docker, Kubernetes et d’autres technologies de conteneurisation facilitent la mise en place de bancs de test hybrides, où des composants simulés cohabitent avec des composants réels ou virtuels. De plus, la démocratisation de l’IA et du machine learning offre de nouvelles pistes pour l’automation de la configuration des scénarios, voire l’adaptation dynamique des topologies en fonction des objectifs de l’expérience (ex. apprentissage par renforcement).

Enfin, la montée en puissance des réseaux 5G et l’émergence de la 6G posent des défis de plus en plus complexes : densité d’utilisateurs, ultra-faible latence, fiabilité renforcée, coexistence de multiples bandes de fréquences. Les simulateurs et émulateurs d’aujourd’hui évoluent pour intégrer ces contraintes, et l’on voit naître des projets dédiés (comme Simu5G basé sur OMNeT++). L’interopérabilité devient également une préoccupation majeure, car les chercheurs et ingénieurs souhaitent pouvoir comparer leurs scénarios sur plusieurs plateformes, ou combiner les avantages de chacune.


3. Présentation Détaillée des Principaux Outils

3.1 NS-2 : L’Héritage Historique

Langage et Architecture : NS-2 est principalement écrit en C++ pour le cœur de la simulation et en OTcl (Object Tool Command Language) pour le scripting de scénarios. Il implémente un moteur d’événements discrets et propose un grand nombre de protocoles et de modèles de trafic (TCP, UDP, DiffServ, multicast, etc.). Son approche modulaire permet de greffer de nouveaux protocoles par le biais de bibliothèques externes.

Forces :

  • Une très large bibliothèque de protocoles historiques, notamment pour les études sur TCP.
  • Un vaste héritage dans la communauté, avec de nombreuses publications académiques s’appuyant sur NS-2.
  • Gratuit, open source, et tournant sur la majorité des systèmes Unix/Linux.

Limites :

  • Développement et maintenance moins actifs depuis l’émergence de NS-3.
  • Documentation parfois hétérogène et interfaces moins conviviales que celles de certains concurrents plus récents.
  • Difficulté à modéliser certains protocoles récents ou spécifiques (LTE avancée, IoT basse consommation, etc.).

Cas d’Utilisation Types : NS-2 demeure pertinent pour l’étude historique de l’évolution des protocoles TCP, ou pour des scénarios classiques de routage IP dans des réseaux filaires. Nombre de travaux de recherche antérieurs à 2010 reposent sur cette plateforme, ce qui permet de répliquer aisément des résultats ou de comparer de nouvelles propositions à des expériences déjà publiées.

3.2 NS-3 : La Relève Modernisée

Langage et Architecture : Écrit principalement en C++, NS-3 a abandonné OTcl au profit de scripts Python pour la configuration des scénarios, ce qui le rend plus accessible à de nombreux développeurs et chercheurs. Il s’appuie sur un modèle d’événements discrets optimisé et sur une structure modulaire de modules (ex. module Wi-Fi, module LTE, module internet, etc.).

Forces :

  • Évolution et maintenance actives, avec une communauté conséquente.
  • Prise en charge de technologies récentes (Wi-Fi 802.11ac/ax, LTE, 5G en développement, etc.).
  • Possibilité d’interfaçage avec du code réel (mode Emulation Device) pour certains scénarios hybrides.
  • Intégration possible avec des outils de tracés et de visualisation.

Limites :

  • Courbe d’apprentissage qui peut être abrupte pour les débutants.
  • Documentation officielle parfois trop succincte, nécessitant l’exploration de guides communautaires et de tutoriels externes.
  • Performances pouvant se dégrader lorsque l’on cherche à simuler des réseaux extrêmement vastes.

Cas d’Utilisation Types : NS-3 est devenu la référence pour la plupart des recherches académiques actuelles en matière de protocoles réseau, notamment pour le sans fil et les architectures IP. Il est régulièrement utilisé dans des articles scientifiques portant sur l’optimisation de la couche MAC, la cohabitation de technologies d’accès radio ou la validation de nouveaux protocoles de routage.

3.3 OMNeT++ : Modularité et Extensibilité

Langage et Architecture : OMNeT++ est un framework C++ orienté objets, qui utilise le langage NED (Network Description) pour décrire la structure hiérarchique des composants d’un réseau. Il est accompagné d’une interface graphique (OMNeT++ IDE) basée sur Eclipse, facilitant le développement et le débogage des modules.

Forces :

  • Une architecture extrêmement modulaire et orientée composants, permettant de combiner aisément différents modèles.
  • Une interface graphique intuitive pour la conception de réseaux et la visualisation des flux.
  • Une communauté active, avec de nombreux frameworks spécialisés (INET, SimuLTE, Veins pour les réseaux véhiculaires, etc.).
  • Outil également adapté à la pédagogie, grâce à la clarté de son interface et de ses logs.

Limites :

  • Comme NS-3, la courbe d’apprentissage peut être significative pour exploiter pleinement la modularité.
  • Certaines fonctionnalités avancées (par exemple des protocoles spécifiques) peuvent requérir l’installation de modules tiers, parfois moins bien maintenus.
  • Simuler des réseaux de très grande taille peut rapidement nécessiter des ressources matérielles importantes.

Cas d’Utilisation Types : OMNeT++ est particulièrement prisé pour les études de réseaux sans fil, de réseaux de capteurs (via MiXiM, Castalia, etc.), les réseaux véhiculaires (Veins), ainsi que les problématiques SDN/NFV. Sa flexibilité en fait un choix judicieux pour ceux qui souhaitent expérimenter des concepts innovants en modifiant la pile protocolaire de manière granulaire.

3.4 GNS3 : Émulation Matérielle et Logicielle

Langage et Architecture : GNS3 s’appuie sur des images d’IOS Cisco ou d’autres fournisseurs, ainsi que sur dynamips, Qemu ou VirtualBox pour faire tourner des machines virtuelles réseau. L’environnement graphique permet de relier visuellement les appareils émulés par des câbles virtuels, reproduisant ainsi l’interface d’un laboratoire réseau.

Forces :

  • Prise en charge de nombreuses images, y compris des versions réelles de systèmes d’exploitation pour routeurs, commutateurs, pare-feux.
  • Idéal pour la préparation à des certifications professionnelles (Cisco, Juniper, etc.).
  • Expérience quasi identique à un déploiement matériel, avec la possibilité d’utiliser de véritables commandes de configuration.
  • Interface intuitive, adaptée à la création rapide de topologies complexes.

Limites :

  • Consommation en ressources (CPU, RAM) potentiellement élevée pour les topologies importantes.
  • Ne permet pas une modélisation abstraite de protocoles comme dans NS-3 ou OMNeT++, car on exécute du code d’IOS réel.
  • Moins adapté à la recherche pure de nouveaux protocoles, car il s’agit davantage d’une émulation de systèmes existants.

Cas d’Utilisation Types : GNS3 est parfait pour tout projet nécessitant la configuration et le test d’infrastructures réseau basées sur des équipements commerciaux. Il est très utilisé en formation ou pour valider des migrations de configurations avant un déploiement en production. Cependant, pour la conception de protocoles « from scratch », il n’est pas le plus adapté.

3.5 EVE-NG : Émulation Polyvalente et Collaborative

Langage et Architecture : EVE-NG (Emulated Virtual Environment Next Generation) propose une architecture client-serveur, où le serveur EVE-NG exécute des instances de machines virtuelles et le client se connecte via un navigateur web. Cette séparation facilite l’accès collaboratif et la gestion centralisée des images et des topologies.

Forces :

  • Grande souplesse pour intégrer un large éventail d’images (Cisco, Juniper, Fortinet, etc.).
  • Interface web ergonomique et fonctionnelle, simplifiant la collaboration entre plusieurs utilisateurs.
  • Scalabilité plus aisée qu’avec GNS3 pour de grandes topologies, grâce à la possibilité d’installer EVE-NG sur un serveur dédié.
  • Intégration de fonctionnalités avancées (lab orchestration, snapshots, etc.).

Limites :

  • Nécessité d’une machine puissante ou d’un serveur pour gérer un grand nombre de dispositifs émulés.
  • Version Community limitée par rapport à la version Pro payante (fonctions de reporting, gestion avancée des utilisateurs, etc.).
  • Comme GNS3, peu adapté à la recherche académique de nouveaux protocoles, car il émule des systèmes existants.

Cas d’Utilisation Types : Principalement utilisée dans des environnements professionnels et de formation pour concevoir, valider et tester des topologies multi-constructeurs. Très appréciée des équipes qui souhaitent partager un même banc de test via une interface web centralisée. S’inscrit dans la droite lignée de GNS3, avec une architecture plus moderne et collaborative.

3.6 Mininet : Focalisé sur le SDN

Langage et Architecture : Mininet crée des hôtes et des commutateurs virtuels dans un seul système Linux, s’appuyant sur les espaces de noms réseau (Network Namespaces) et Open vSwitch. Il permet d’émuler à grande échelle des environnements SDN en connectant un contrôleur OpenFlow (ex. POX, Floodlight, Ryu, etc.) aux commutateurs virtuels.

Forces :

  • Léger et rapide à mettre en place (une seule machine peut héberger plusieurs dizaines de nœuds virtuels).
  • Intégration native avec les protocoles SDN et OpenFlow.
  • Idéal pour prototyper des applications SDN et pour les démonstrations en milieu académique.
  • Possibilité d’interagir avec du trafic réel (ping, iperf, etc.) dans les hôtes émulés.

Limites :

  • Moins polyvalent pour d’autres scénarios que le SDN (même si des contournements existent).
  • Pas de véritable simulation d’aspects physiques (latence, pertes, modulation radio, etc.). On se repose sur la pile réseau de Linux.
  • Difficulté à évaluer des topologies massives si l’on manque de ressources.

Cas d’Utilisation Types : Mininet est l’outil privilégié pour tester rapidement des solutions SDN, développer et déboguer des applications contrôleurs, ou donner des démonstrations interactives dans le cadre de conférences ou de cours. Il peut également être intégré à des frameworks plus complets (ex. MaxiNet pour le déploiement distribué).

3.7 Packet Tracer : Orientation Pédagogique

Langage et Architecture : Packet Tracer est un logiciel éducatif développé par Cisco, offrant une interface graphique attrayante pour la création de topologies. Il émule (plutôt qu’il ne simule) le comportement de routeurs et de commutateurs Cisco, ainsi que divers protocoles réseau.

Forces :

  • Prise en main aisée pour les étudiants, interface didactique.
  • Inclut des fonctionnalités interactives (activités guidées, modules de formation en ligne).
  • Permet de simuler des protocoles de routage, des VLAN, du Wi-Fi basique, etc.
  • Offert gratuitement à la communauté éducative.

Limites :

  • Fonctionnalités limitées par rapport à GNS3 ou EVE-NG (qui utilisent de véritables images IOS).
  • Spécifiquement orienté Cisco, moins pertinent pour des approches multi-constructeurs.
  • Pas conçu pour la recherche scientifique poussée ou la simulation d’aspects réseau complexes.

Cas d’Utilisation Types : Idéal pour l’enseignement secondaire, les formations CCNA et tout débutant souhaitant apprendre les bases de la configuration réseau Cisco. Moins adapté aux ingénieurs désirant tester des scénarios réels ou effectuer de la recherche avancée.


4. Comparaison Structurée des Fonctionnalités

Le tableau ci-dessous fournit un aperçu synthétique de quelques critères de comparaison entre les différents outils mentionnés :

Outil Type (Simulation/Émulation) Langage Principal Technologies Récentes Principaux Avantages Principales Limites
NS-2 Simulation C++ / OTcl Support limité pour LTE, Wi-Fi récent Large historique, nombreuses recherches Moins maintenu, interface obsolète
NS-3 Simulation C++ (scripts Python) Wi-Fi, LTE, 5G (en dev.), IoT Communauté active, architecture modulaire Courbe d’apprentissage, doc éparse
OMNeT++ Simulation C++ / NED Wi-Fi, LTE (SimuLTE), VANET Interface graphique, modularité poussée Complexité initiale, ressources requises
GNS3 Émulation Images IOS / Dynamips Technologies Cisco et autres Pratique pour la config réelle, interface simple Gourmand en ressources, pas adapté à la recherche protocolaire
EVE-NG Émulation Images multiples (Cisco, Juniper, etc.) Multi-constructeurs, Cloud, SDN Collaboration, scalabilité, interface web Version Pro payante, nécessite un serveur robuste
Mininet Émulation Linux / Python SDN, OpenFlow Léger, rapide à déployer Focalisé SDN, pas de simulation radio avancée
Packet Tracer Émulation (limitée) Interface graphique propriétaire Protocoles Cisco basiques Orienté formation, facile d’accès Fonctionnalités restreintes, propriétaire Cisco

5. Critères de Sélection d’un Outil de Simulation/Émulation

5.1 Objectifs de l’Utilisateur

Le choix d’un simulateur ou d’un émulateur dépend avant tout de la finalité du projet :

  • Recherche académique : Souvent, NS-3 ou OMNeT++ s’imposent pour la mise en place de scénarios complexes et la modification de protocoles au niveau du code source. Ces outils offrent un grand contrôle sur les détails d’implémentation.
  • Formation et certification : GNS3, EVE-NG et Packet Tracer sont plus adaptés, car ils reproduisent fidèlement les interfaces de configuration d’équipements réels. Mininet peut aussi intervenir pour la formation au SDN.
  • Validation de concepts SDN : Mininet est la plateforme de référence, éventuellement couplée à NS-3 pour certains tests plus élaborés sur la couche physique.
  • Tests industriels et Proof of Concept : GNS3 ou EVE-NG sont souvent préférés pour tester une configuration avant déploiement. Certains utilisent également OMNeT++ pour modéliser l’impact de nouveaux protocoles sur des infrastructures existantes.

5.2 Échelle de la Simulation

La taille du réseau à simuler ou à émuler est cruciale :

  • Petites topologies (moins de 50 nœuds) : Presque tous les outils peuvent convenir, même Packet Tracer pour des scénarios pédagogiques.
  • Topologies moyennes (jusqu’à quelques centaines de nœuds) : NS-3, OMNeT++ et certains émulateurs (GNS3/EVE-NG) sont envisageables, selon la puissance matérielle disponible.
  • Grandes topologies (plusieurs milliers de nœuds) : Les solutions comme NS-3 ou OMNeT++ sont préférées, et il est souvent nécessaire d’optimiser le code ou de recourir à du calcul distribué. L’émulation pure peut devenir trop coûteuse en ressources.

5.3 Complexité des Protocoles et Niveaux de Détail

Certains projets exigent de simuler la couche physique (modulation, interférences, etc.), alors que d’autres se concentrent sur la couche réseau ou transport :

  • Simulations de la couche physique : NS-3 et OMNeT++ disposent de modules spécifiques (par ex. pour le Wi-Fi ou la 4G/5G). Cela inclut des modèles d’erreur, des profils de canaux radio, etc.
  • Simple validation de configuration L2/L3 : GNS3, EVE-NG et Packet Tracer suffisent si l’on veut simplement s’assurer que les VLANs, les routages, les ACL fonctionnent comme prévu.
  • Nouvelles fonctionnalités dans le noyau de protocole : Il sera souvent nécessaire de plonger dans le code source, ce qui rend NS-3 et OMNeT++ plus adaptés que les émulateurs qui se limitent à exécuter du code propriétaire.

5.4 Ressources Matérielles Disponibles

L’aspect matériel ne doit pas être négligé :

  • Ordinateur personnel modeste : La simulation discrète (NS-2, NS-3, OMNeT++) est souvent plus économe en ressources que l’émulation d’images IOS. Packet Tracer reste également très léger.
  • Serveur ou ordinateur puissant : GNS3, EVE-NG ou Mininet avec de nombreuses instances virtuelles. Attention toutefois à la mémoire vive requise (chaque VM IOS ou Juniper peut demander plusieurs Go de RAM).
  • Calcul distribué : OMNeT++ peut être parallélisé sur un cluster HPC pour simuler des topologies massives ; NS-3 propose également des options pour répartir la charge de simulation.

5.5 Niveau d’Expertise

Certains outils requièrent des compétences avancées en programmation :

  • Débutants : Packet Tracer, GNS3 et EVE-NG (pour la configuration réseau) sont plus simples à prendre en main, du fait de leurs interfaces graphiques. NS-3 et OMNeT++ demandent une familiarité avec C++ et la logique des simulateurs à événements discrets.
  • Développeurs expérimentés : NS-3 et OMNeT++ offrent une très grande flexibilité pour coder de nouveaux protocoles. Mininet est également accessible si l’on connaît bien l’environnement Linux et Python.

6. Méthodologies de Calibration et Validation des Résultats

6.1 Importance de la Calibration

La calibration d’un outil de simulation consiste à ajuster ses paramètres internes (modèles de propagation, lois de distribution du trafic, etc.) de manière à ce qu’il reproduise au mieux la réalité ou au moins des mesures expérimentales connues. Sans ce travail préliminaire, les résultats peuvent être biaisés et ne refléter qu’une vision partielle ou erronée du comportement réseau.

Des exemples concrets de calibration :

  • Comparer les débits Wi-Fi simulés (ex. 802.11n) avec ceux mesurés en conditions réelles, et ajuster les valeurs d’atténuation ou les modèles d’erreur.
  • Tester un protocole TCP sur un réseau local réel, observer la latence et les pertes, et vérifier que la simulation produit des distributions de RTT similaires.
  • Pour les scénarios de mobilité (réseaux véhiculaires, drones, etc.), importer des traces GPS réelles et vérifier que le simulateur reproduit fidèlement la variation de connectivité au fil des déplacements.

6.2 Validation Croisée par l’Expérimentation

Au-delà de la calibration, la validation nécessite souvent de confronter le simulateur à des expériences en laboratoire ou en conditions réelles. Cette comparaison peut être qualitative (comportements similaires) ou quantitative (mêmes statistiques de débit, de latence, de pertes). Les étapes habituelles incluent :

  • Construire un petit réseau physique (quelques nœuds) aux caractéristiques identiques ou proches du modèle simulé.
  • Effectuer des mesures de performance, collecter des traces de trafic.
  • Répéter le même scénario dans le simulateur, avec les mêmes protocoles et topologies.
  • Comparer les métriques-clés (débit, latence, nombre de paquets perdus, etc.) et affiner les modèles si nécessaire.

6.3 Outils de Visualisation et d’Analyse

L’analyse des sorties de simulation (logs, traces, fichiers de résultats) peut vite devenir fastidieuse si l’on ne dispose pas d’outils appropriés. Plusieurs solutions existent :

  • Wireshark : Peut analyser le trafic généré par certains simulateurs, ou celui d’un émulateur s’il est redirigé sur des interfaces virtuelles.
  • Tracer et visualiser : NS-3 propose PyViz, OMNeT++ intègre une interface de visualisation dynamique, et il existe des scripts Python ou R pour tracer l’évolution des variables au cours du temps.
  • Outils de post-traitement : Logiciels comme gnuplot, matplotlib, scapy, etc. permettent de produire des graphiques clairs. L’automatisation (scripts d’analyse) est vivement recommandée pour des scénarios à grande échelle.

6.4 Les Facteurs Biaisants et Sources d’Erreur

Malgré tous ces soins, il subsiste des écarts possibles :

  • Simplifications du modèle : Les simulateurs ne capturent pas toujours la complexité des environnements réels (interférences électromagnétiques, limites du matériel, bugs logiciels, etc.).
  • Arrondis et granularité : Les événements discrets impliquent un traitement séquentiel, ce qui peut introduire des artefacts temporels, en particulier lorsque le nombre d’événements devient massif.
  • Utilisation de distributions de trafic irréalistes : Trop souvent, les chercheurs se contentent de modèles de trafic de type Pareto ou exponentiel, sans valider s’ils correspondent au trafic réellement observé.
  • Paramètres par défaut : Les simulateurs sont livrés avec des valeurs par défaut pour de nombreux protocoles (taille de tampon TCP, fenêtres de congestion, etc.). Il est capital de les ajuster aux scénarios précis.

La rigueur méthodologique passe par une explicitation de tous les paramètres de simulation, afin qu’une étude puisse être reproduite ou critiquée. Les articles scientifiques robustes incluent généralement un tableau ou une liste complète des valeurs paramétriques utilisées, ainsi que les versions logicielles et la date de mise à jour des modules concernés.


7. Applications Concrètes et Retours d’Expérience

7.1 Scénario 1 : Étude de la Congestion dans les Réseaux TCP

Dans ce type de scénario, on cherche à évaluer la performance de différents algorithmes de contrôle de congestion (Reno, Cubic, BBR, etc.) sur un réseau IP filaire. Typiquement :

  • On peut utiliser NS-3 ou OMNeT++ pour configurer plusieurs nœuds émetteurs, un commutateur ou routeur central avec un goulot d’étranglement, et un ensemble de nœuds récepteurs.
  • On injecte du trafic de type FTP ou CBR (Constant Bit Rate) sur plusieurs flux en simultané.
  • On mesure le throughput, la latence, le fairness index (Jain’s index) et on compare les algorithmes.

Le principal avantage d’une simulation complète est la possibilité de varier rapidement la capacité du lien, la latence de propagation, et d’ajouter ou non des pertes aléatoires. La validation peut ensuite s’effectuer sur un petit réseau physique, en utilisant netem sous Linux pour émuler la latence et la perte sur un routeur intermédiaire.

7.2 Scénario 2 : Formation aux Configurations Réseau Complexes

Une école d’ingénieurs souhaite enseigner la configuration de VLAN, de routage OSPF multi-aires et de listes de contrôle d’accès (ACL). Les étudiants disposent de peu d’équipements Cisco physiques. La solution :

  • Déployer une topologie GNS3 ou EVE-NG avec plusieurs routeurs et commutateurs virtuels.
  • Permettre aux étudiants de se connecter à un serveur GNS3/EVE-NG via une interface graphique, afin de modifier la configuration en temps réel.
  • Utiliser des images Cisco réelles pour proposer la même syntaxe et les mêmes comportements que sur du matériel physique.

Les retours d’expérience soulignent la facilité de reproduction d’exercices, l’économie en coûts matériel, et la possibilité d’attribuer un « laboratoire virtuel » à chaque groupe d’étudiants, ce qui serait impossible avec un parc de routeurs matériels limité.

7.3 Scénario 3 : Prototypage d’une Application SDN

Une équipe de R&D veut développer un algorithme d’équilibrage de charge (load balancing) reposant sur OpenFlow. L’objectif est de diriger automatiquement le trafic vers les chemins les moins encombrés. Les étapes sont :

  • Déployer une topologie Mininet avec plusieurs commutateurs virtuels.
  • Installer un contrôleur OpenFlow (Floodlight ou Ryu) et y intégrer l’algorithme d’équilibrage.
  • Lancer des flux de trafic (iperf) entre différents hôtes, observer la répartition, mesurer la bande passante.
  • Si besoin, migrer la topologie vers un environnement d’émulation plus grand ou un testbed réel pour valider les performances.

L’un des points clés rapportés dans la littérature est la simplicité de débogage : on peut itérer très rapidement sur l’algorithme, injecter des prints ou des logs dans le contrôleur, et observer immédiatement l’effet sur le réseau. L’absence de limitation matérielle (nombre de ports, câblages, etc.) accélère aussi l’expérimentation.

7.4 Scénario 4 : Optimisation des Réseaux de Capteurs

Dans le cadre de l’IoT, on souhaite analyser la consommation énergétique et la fiabilité de protocoles de routage de capteurs sans fil. OMNeT++ avec le framework INET ou NS-3 avec ses modules IoT offrent des modèles d’énergie, de propagation radio et de protocoles spécialisés (RPL, 6LoWPAN). Le processus type :

  • Définir une zone géographique avec des capteurs statiques ou mobiles.
  • Configurer les intervalles de sommeil (duty cycle), la puissance d’émission, les paramètres du protocole de routage.
  • Simuler sur des périodes longues (plusieurs jours simulés) pour évaluer la longévité des nœuds sur batterie.
  • Observer l’impact de la densité de capteurs, de la mobilité, ou de conditions de bruit radio sur la fiabilité.

Là encore, la simulation offre une flexibilité incomparable par rapport à un déploiement physique de centaines de capteurs, qui serait onéreux et complexe à mettre en œuvre, surtout si l’on doit répéter les expériences avec de légères variations de paramètres.


8. Tendances Émergentes et Perspectives d’Avenir

8.1 Intégration de l’IA et de l’Apprentissage Automatique

De plus en plus d’outils cherchent à inclure des approches d’apprentissage automatique pour automatiser la configuration et l’optimisation de scénarios :

  • Configuration dynamique : Génération automatique de topologies basées sur des objectifs (nombre de flux, latence cible, etc.).
  • Optimisation en ligne : Utilisation du machine learning pour ajuster en temps réel les paramètres de la simulation (débit, puissance d’émission) et tendre vers un objectif global.
  • Apprentissage par renforcement : Test de stratégies de routage ou de contrôle de congestion capables de s’améliorer au fil des itérations, en interagissant avec l’environnement simulé.

8.2 Simulation Distribuée et Cloud Computing

Avec l’accroissement de la taille des scénarios, on voit émerger des solutions de simulation distribuée. L’idée est de décomposer la topologie en sous-réseaux, chacun simulé sur un nœud de calcul distinct, avec synchronisation entre ces nœuds pour maintenir la cohérence des événements. Les principaux défis :

  • Synchronisation efficace des moteurs d’événements discrets sans trop dégrader les performances.
  • Partitionnement intelligent de la topologie pour minimiser les communications inter-nœuds.
  • Utilisation de la virtualisation ou des conteneurs pour isoler chaque partition.

Les clouds publics et privés (OpenStack, AWS, etc.) permettent d’allouer dynamiquement des ressources (machines virtuelles, GPU) afin de faire tourner des simulations complexes. Certains laboratoires utilisent déjà cette approche pour mener des campagnes de tests massives.

8.3 Convergence vers l’Expérimentation Continue

Le concept de Continuous Integration/Continuous Deployment (CI/CD) appliqué aux réseaux se généralise. Lorsqu’une entreprise développe de nouveaux services réseau, elle souhaite automatiser les tests de non-régression, y compris au niveau de l’infrastructure :

  • Déploiement automatique de scénarios GNS3/EVE-NG ou Mininet pour vérifier qu’une mise à jour logicielle ne casse pas la connectivité.
  • Tests de performance comparatifs (avant/après) grâce à des scripts d’automatisation.

La mise en place d’une pipeline CI/CD dédiée à la couche réseau soulève néanmoins des défis techniques (intégration avec des systèmes d’orchestration, gestion d’images d’équipement, etc.), mais elle offre une robustesse accrue et une détection précoce des régressions.

8.4 Vers des Plateformes Hybrides Réalité-Virtuel

On voit enfin apparaître l’idée de plateformes hybrides où une partie du trafic est réellement émise par des appareils physiques, tandis que d’autres nœuds sont simulés ou émulés. L’enjeu est de disposer d’une vision globale :

  • Des capteurs réels ou des terminaux mobiles génèrent du trafic authentique (ex. vidéo, VoIP).
  • Ce trafic est partiellement routé vers un réseau simulé, où l’on peut injecter des centaines de nœuds virtuels.
  • On analyse l’interaction entre ces deux mondes pour vérifier si le protocole ou l’algorithme étudié tient ses promesses.

 

Plus de connaissances

Lorsqu’il s’agit de choisir entre GNS3, EVE-NG, VIRL et Packet Tracer pour la simulation de réseaux, il est essentiel de comprendre les caractéristiques distinctives de chacun de ces outils. Chacun d’entre eux présente des avantages et des inconvénients, et le choix dépend souvent des besoins spécifiques de l’utilisateur ainsi que du niveau de complexité requis dans la modélisation des réseaux.

GNS3, acronyme de « Graphical Network Simulator-3 », est un émulateur de réseau open-source qui offre une grande flexibilité dans la création de topologies réseau complexes. Il prend en charge une variété de routeurs, commutateurs et appliances virtuelles, permettant aux utilisateurs de concevoir des réseaux réalistes. GNS3 se distingue par sa communauté active, sa facilité d’utilisation et son extensibilité. Les utilisateurs peuvent intégrer des dispositifs réels dans leurs simulations, ce qui en fait un choix populaire parmi les professionnels du réseau.

EVE-NG, ou « Emulated Virtual Environment – Next Generation », est un autre émulateur de réseau qui a gagné en popularité ces dernières années. Il propose une interface Web conviviale et prend en charge une vaste gamme d’appareils réseau, notamment des routeurs, des commutateurs et des firewalls. EVE-NG offre des fonctionnalités avancées telles que la possibilité de travailler avec des machines virtuelles KVM et VMware, ce qui élargit encore ses capacités de modélisation. La communauté EVE-NG contribue également à son développement continu.

VIRL, ou « Virtual Internet Routing Lab », est un produit de Cisco qui offre une solution complète pour la simulation de réseaux. Il propose une large gamme d’appareils Cisco virtuels, permettant aux utilisateurs de reproduire des environnements réseau complexes. VIRL est apprécié pour sa simplicité d’utilisation, en particulier pour ceux qui sont déjà familiers avec l’écosystème Cisco. Cependant, en raison de sa nature commerciale, il peut ne pas être aussi accessible pour les utilisateurs à la recherche de solutions open-source.

Packet Tracer, également développé par Cisco, est un outil de simulation orienté vers l’apprentissage et la formation. Il est souvent utilisé dans des environnements éducatifs pour enseigner les concepts de base des réseaux. Bien que Packet Tracer puisse être limité en termes de fonctionnalités avancées comparé à d’autres outils, il excelle dans l’accessibilité et la facilité d’utilisation, en particulier pour les débutants.

En termes de performances, GNS3 et EVE-NG sont souvent considérés comme offrant des simulations plus proches de la réalité en raison de leur capacité à intégrer des images réelles d’appareils réseau. Cependant, cela peut également rendre leur configuration plus complexe pour les utilisateurs novices. VIRL, en tant que produit Cisco, offre une compatibilité étroite avec les dispositifs de la même marque, garantissant une représentation précise des fonctionnalités Cisco. Packet Tracer, bien que moins avancé, brille dans son approche pédagogique, offrant une interface intuitive pour les débutants.

En ce qui concerne la disponibilité des fonctionnalités, GNS3 et EVE-NG sont souvent vantés pour leur flexibilité et leur extensibilité. GNS3 bénéficie d’une large base de modules complémentaires (add-ons) créés par la communauté, ce qui permet aux utilisateurs d’étendre les fonctionnalités de base selon leurs besoins spécifiques. EVE-NG, avec son support pour les machines virtuelles, offre également des possibilités d’extension significatives.

En revanche, VIRL propose une solution tout-en-un avec une intégration transparente des dispositifs Cisco, ce qui peut être un avantage pour les professionnels travaillant principalement avec des technologies Cisco. Cependant, cette approche peut être moins adaptée à ceux qui cherchent à intégrer des équipements d’autres fabricants.

En résumé, le choix entre GNS3, EVE-NG, VIRL et Packet Tracer dépend largement des besoins spécifiques de l’utilisateur. Les professionnels expérimentés apprécieront peut-être la flexibilité et la communauté active de GNS3, tandis que les utilisateurs cherchant une solution Cisco intégrée pourraient opter pour VIRL. EVE-NG se positionne comme un choix équilibré, offrant à la fois la flexibilité et une interface conviviale. Packet Tracer, en revanche, se destine davantage à l’apprentissage et à la formation. Chacun de ces outils a ses forces et ses faiblesses, et le choix final dépendra des exigences spécifiques de chaque utilisateur dans le domaine de la simulation de réseaux.

Plongeons davantage dans les caractéristiques distinctives de GNS3, EVE-NG, VIRL, et Packet Tracer, en analysant leurs points forts, leurs faiblesses et les scénarios d’utilisation spécifiques qui pourraient influencer le choix d’un utilisateur.

GNS3 :

GNS3 se distingue par sa nature open-source et sa communauté active. Il est particulièrement apprécié pour sa flexibilité, permettant aux utilisateurs de créer des topologies réseau complexes en utilisant une variété de dispositifs virtuels. Son support pour une multitude de routeurs, commutateurs, et firewalls de différents fabricants en fait un choix idéal pour ceux qui souhaitent une simulation réaliste de divers environnements réseau. GNS3 offre également la possibilité d’intégrer des machines réelles, renforçant ainsi la précision de la modélisation.

L’un des avantages majeurs de GNS3 réside dans sa communauté engagée qui contribue continuellement avec des modules complémentaires et des ressources. Ces add-ons permettent aux utilisateurs d’étendre les fonctionnalités de base de GNS3, en intégrant des dispositifs spécifiques ou en améliorant les capacités de simulation. Toutefois, pour les utilisateurs débutants, la configuration initiale peut sembler complexe, nécessitant une compréhension approfondie des réseaux.

EVE-NG :

EVE-NG se démarque par son interface utilisateur conviviale basée sur le web. Il offre une expérience visuelle agréable, facilitant la création et la gestion de topologies réseau complexes. Comme GNS3, EVE-NG prend en charge une variété d’appareils réseau virtuels, mais il se distingue par sa prise en charge de machines virtuelles KVM et VMware, élargissant ainsi ses possibilités de modélisation.

La capacité d’EVE-NG à exécuter des machines virtuelles apporte une flexibilité supplémentaire, permettant aux utilisateurs d’intégrer des applications tierces directement dans leurs simulations. Cela en fait un choix attrayant pour ceux qui ont besoin de fonctionnalités avancées et d’une intégration étendue. Cependant, comme GNS3, la configuration initiale peut nécessiter une certaine expertise technique.

VIRL :

Virtual Internet Routing Lab (VIRL), développé par Cisco, se positionne comme une solution complète et intégrée pour la simulation de réseaux. Il offre une gamme étendue de dispositifs Cisco virtuels, garantissant une représentation précise des fonctionnalités spécifiques de Cisco. VIRL est souvent privilégié par les professionnels travaillant principalement avec des technologies Cisco, car il assure une compatibilité étroite avec l’écosystème Cisco.

La force de VIRL réside dans sa simplicité d’utilisation, offrant une solution tout-en-un avec une configuration relativement aisée. Cependant, cette facilité d’utilisation peut être accompagnée de certaines limitations, notamment en termes de flexibilité pour intégrer des dispositifs d’autres fabricants.

Packet Tracer :

Packet Tracer, également développé par Cisco, se distingue par son orientation pédagogique. Conçu initialement comme un outil pour l’apprentissage et la formation, Packet Tracer offre une interface intuitive et conviviale, ce qui en fait le choix idéal pour les débutants dans le domaine des réseaux.

Bien que moins avancé que GNS3, EVE-NG ou VIRL, Packet Tracer excelle dans la simulation de concepts de base des réseaux. Il permet aux utilisateurs de se familiariser avec les principes fondamentaux tels que la configuration de base des routeurs, la mise en place de VLANs et d’autres concepts de niveau débutant.

En conclusion, le choix entre GNS3, EVE-NG, VIRL, et Packet Tracer dépend fortement des besoins et des compétences spécifiques de l’utilisateur. GNS3 et EVE-NG sont souvent privilégiés pour leur flexibilité et leur extensibilité, tandis que VIRL se distingue par sa simplicité d’utilisation et son intégration étroite avec les dispositifs Cisco. Packet Tracer, axé sur l’éducation, reste un choix solide pour les débutants cherchant à comprendre les bases des réseaux. Chaque outil a sa place dans le domaine de la simulation de réseaux, offrant une gamme variée d’options pour répondre aux besoins divers des utilisateurs.


Conclusion Générale

Les outils de simulation et d’émulation réseau ont considérablement mûri au fil des décennies, passant de projets confidentiels à des plateformes robustes utilisées aussi bien en recherche fondamentale qu’en ingénierie et en formation. Le panorama actuel est riche et diversifié : d’un côté, les simulateurs à événements discrets comme NS-3 et OMNeT++ offrent un contrôle fin et une extensibilité remarquable pour explorer et développer de nouveaux protocoles ou mécanismes ; de l’autre, les émulateurs comme GNS3, EVE-NG et Mininet permettent de se rapprocher de la réalité du terrain, de tester des configurations d’équipements et de mettre à l’épreuve des scénarios SDN ou multi-constructeurs.

Dans la pratique, le choix d’un outil dépend de la nature et de l’échelle du projet, de l’expertise de l’équipe, du budget en matériel, et du degré de fidélité attendu par rapport au monde réel. L’important est de comprendre les forces et faiblesses de chaque solution pour en tirer le meilleur parti. Les méthodologies de calibration et de validation, tout comme l’attention portée aux détails de configuration et de paramétrage, demeurent essentielles pour garantir la fiabilité des résultats.

À l’horizon, la montée en puissance de l’IA, la nécessité de simuler des réseaux toujours plus vastes et hétérogènes, et la convergence entre la simulation et l’expérimentation réelle laissent entrevoir des évolutions passionnantes. Les outils se perfectionnent, s’intègrent au cloud, s’ouvrent à la distribution et s’enrichissent de bibliothèques spécialisées (IoT, 5G/6G, cybersécurité, etc.). Les ingénieurs et chercheurs qui maîtrisent ces plateformes ont donc entre leurs mains un véritable atout pour innover, former et anticiper les enjeux de la connectivité moderne.


Références et Ressources Complémentaires

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